Le hip hop se met au vert
Pour rendre l’écologie séduisante, il faut être inventif. Et ça, la troupe déjantée du Hip Hop Caucus l’a bien compris. Leur idée était simple : partir en tournée dans tous les Etats Unis. Mais ils n’ont pas choisi nimporte quels compagnons de route. Ici la diversité est à l’honneur, et aussi bien étudiants en sciences de l’environnement, africains américains, latinos, DJs ou leaders spirituels comme le Révérend Yearwood, figure de proue du mouvement, tous réclament avec la même ferveur un ‘tournant’ vers l’énergie propre. C’est toute une génération plutôt jeune qui veut hurler autrement l’urgence à changer nos comportements. Le Calamar s’est rendu sur place à Washington pour la dernière étape de la tournée 2010. Devant le majestueux Capitole, s’était en effet bien installé le fameux bus haut en couleurs. Et en ce début d’après-midi presqu’ensoleillée, l’espoir s’est fait entendre.
‘C’est un problème critique auquel doit faire face l’Amérique’, s’enthousiasme une militante qui a suivi toute la tournée via Twitter, ‘cela concerne à la fois l’emploi, les gens, la pauvreté et la pollution. Il faut bien comprendre que ce problème ne se situe pas qu’ailleurs, il concerne l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les produits chimiques que nous ingérons. C’est une autre révolution industrielle que nous voulons, mais cette fois elle sera propre’. Oui car pour ces militants la plupart étudiants, l’avenir est à l’énergie propre. C’est elle qui créera les emplois de demain, elle qui permettra de rassembler toutes les communautés au sein d’un même combat, elle encore qui redressera l’économie tout en protégeant un peu mieux la planète. La question de l’indépendance énergétique de leur pays est aussi de celles qui tiennent à cœur à tous ces activistes révoltés. Bref, à les entendre, l’énergie propre est la solution à tous les problèmes, une attitude pleine de ferveur même si certains des bénéfices qui lui sont prêtés demanderaient à être un peu plus justifiés.
Le mouvement a des ambitions politiques, et ne s’en cache pas. Ce n’est certainement pas sans aucune volonté de symbole que le bus s’est arrêté le temps d’une révolte devant le Congrès, pour achever une tournée commencée à la Nouvelle-Orléans, grande témoin des catastrophes écologiques menaçantes et injustes. Comme l’atteste également l’intervention du sénateur Andre Carson, il s’agit ici de faire comprendre que le poids de la question écologique ne peut plus être sous-estimé. Barack Obama est vanté par la plupart des intervenants, loué comme le premier président à se montrer vraiment digne du parti d’Al Gore. Et quoi de mieux pour faire entendre sa voix que de la faire vibrer aux rythmes de la modernité? Dans un enthousiasme fiévreux, ces jeunes qui crient au changement ont certainement besoin de quelque chose qui catalyse leurs énergies. La musique hip hop semble ce jour-là très bien faite pour ça.
Le hip-hop, arme pour rallier la jeunesse à la cause écologiste ? Le représentant d’un des partenaires de la tournée, le National Wildlife Federation, nous a répondu : ‘Oui, le hip hop est la voix de la jeunesse, il est devenu un moyen de mobiliser les jeunes. Mais il faudra le soutien de bien d’autres artistes hip hop ou producteurs si l’on veut que toute la jeunesse se rallie vraiment’. DJ Biz Marki a accepté de venir tourner les platines tout au long de la tournée ; il nous explique que la popularité des DJ elle-même est de nature à attirer les jeunes adeptes de hip hop : ‘Si je suis abattu, ils le seront aussi. Et ils verront que c’est pour une bonne cause, alors ils me suivront’. Mais le hip hop n’en est pas pour autant le cœur de l’événement à ses yeux. Quand un des participants lui demande s’il considère cela comme un ‘gig’, une sorte de concert, le DJ répond vivement : ‘Non, non, ce n’est pas un concert, on fait ça pour l’environnement, pour la nature !’
Mais la musique n’est pas la seule à se mêler au débat, car la spiritualité aussi entre en jeu. Le révérend Yearwood, dernier à s’exprimer sur la scène, est le plus chaudement acclamé. A son entrée en scène, une nouvelle joie fait s’agiter les pancartes à l’unique slogan, ‘Clean Energy Now !’ (‘De l’énergie propre maintenant !’). Passionné et charismatique, certainement renommé parmi tous les militants, le Révérend nous explique pourquoi en tant que personne de foi, il lui paraît important d’apporter son soutien à cette cause. ‘Il est aussi important pour moi en tant que membre de la communauté hip hop, élevé dans la culture hip hop, d’aider les gens. (…) Car le hip-hop est une façon d’établir un lien avec les gens. Si bien que quand je vais à Oakland, à Chicago ou à la Nouvelle-Orléans avec cette tournée pour l’énergie propre, ils se sentent encouragés et ils se disent: je peux rester qui je suis, je n’ai pas besoin de changer, je fais partie de la solution’.
Sensibiliser les gens grâce à ce qui les touche, l’idée est loin d’être mauvaise. Les organisateurs de la tournée se disent optimistes et contents d’avoir pu peut-être convaincre d’autres publics, qui n’auraient pas été sensibilisés à la cause autrement. Bien sûr, ce genre de mobilisations a des limites, puisqu’elles ne peuvent toucher qu’un public jeune, en prise avec les nouvelles technologies (comme Twitter ou Facebook, permettant de suivre chaque étape de la tournéee) ou fana de hip hop. Mais si ce public-là, même restreint, commence à s’intéresser à la cause, alors le Hip Hop Caucus Tour n’aura rien à se reprocher. En attendant, le Révérend Yearwood prévoit de continuer les tournées ‘jusqu’à ce que l’on voit le changement. Quoi qu’il nous en coûte, on continuera’, conclut-il dans un sourire malicieux.





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