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Shutter Island, film de fous

Un article de Charlie, le 25 February 2010, qui a suscité 0 Calamarderie (pour le moment) ...
La note du Calamar

Sur l’île de Shutter, où l’on surveille et guérit les malades psychiatriques, Marshall, connu sous le nom de cette seule fonction, est venu enquêter sur la disparition d’une patiente qui refuse de reconnaître qu’elle a noyé ses trois enfants. Mais comment peut-on donc être capable d’une chose pareille ?, s’interroge sans cesse l’agent fédéral. Comment de tels actes sont-ils humainement possibles ?

C’est toute cette question que Scorsese choisit d’explorer dans ce film. Aucune réponse bien sûr ne nous sera donnée, simplement quelques analyses de l’homme, et de toute l’agilité que peut déployer son esprit quand il s’agit de refuser la vérité. Obstiné, fermé à tout ce qu’il ne peut pas concevoir comme possible, l’esprit humain se révèle ici brillant d’imagination ; car pour nous épargner l’horreur des réalités il conçoit pour nous un tout autre monde, nous déroule une toute autre bobine. Il est là pour nous protéger, nous empêcher de défaillir et ne plus croire en l’homme. Il nous évite de voir nos repères ébranlés. Car l’on aura beau connaître l’histoire de toutes les horreurs que peuvent commettre les hommes, on aura beau en découvrir chaque jour une autre forme, certaines choses resteront toujours inconcevables. Comme l’horreur des exterminations nazies que viennent nous rappeler sans cesse les souvenirs de Marshall, lorsqu’il a participé à la libération des camps de la mort, première découverte de ce ‘ver’ qui ronge les hommes. Là, il aura vu l’horreur, et ne pourra plus jamais en accepter plus.

Les images de ce film fou nous dévoilent un homme fragile – et cet homme ne se limite pas forcément à ce pauvre Marshall. N’importe qui peut être Marshall, car c’est l’humanité toute entière qui peut facilement être ébranlée d’un jour à l’autre. Shutter Island est une histoire de chance, ou de malchance si l’on veut être plus juste. L’histoire de quelques hommes brisés par ce qui ne devait pas arriver. Si son histoire est loin de l’ordinaire, Marshall est pourtant lui un homme comme les autres. Un homme prêt à déraper, dès que la vie le confronte à des chemins impensables…

Mais surtout, c’est la culpabilité qui, sur cette île de l’impossible, hante l’esprit de tous ceux qu’à un moment ou à un autre la vie a poussé à échouer là, délaissés par la chance ou la raison ou bien même les deux. Ce sont des gens déconnectés de la réalité, par choix ou poussés par leur subconscient. Comme cette femme qui s’étonne qu’on lui demande si elle espère sortir bientôt, revenir dans le monde dit normal : ‘Qu’est ce que j’y ferais ? Je ne connais plus le monde’.

Et intérieurement on s’agace que certains des patients qui sont là pour guérir ne montrent aucun signe de remords, puisqu’ils ne veulent pas reconnaître le poids de ce qu’ils ont fait. On veut crier, leur hurler que se souvenir est leur seule chance peut-être de revenir dans un monde plus ‘normal’. Oublier bâtit tout autour d’eux une jolie bulle. Et parfois la bulle éclate sous le coup de la vérité, elle s’avoue vaincue. Mais très vite, elle revient, avec toute une histoire, tout une ‘autre’ vérité que les autres ne pourront jamais comprendre.

‘Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas sauvé ?’, vient dans ses rêves répéter à Marshall cette petite fille aux cheveux mouillés, cette voix frêle qui le hante et le fait flancher. Comment concevoir que l’on a échoué, que l’on a pas pu ou voulu voir le ver pourtant dissimulé depuis longtemps ? Il est difficile de reconnaître que l’on n’a pas réagi alors qu’une part de l’humanité était en train de flancher. Il est même impossible parfois, quand c’est trop grave, de reconnaître que l’on a eu tort, que l’on s’est trompé. Que l’on a manqué l’occasion de changer les choses, alors qu’on savait. Alors vite vient le remords de la lâcheté, celle qui fait se bander les yeux et verrouiller son esprit. Alors on reste là, mi-effondré, mi-inconscient, dans le gouffre du mensonge. Un mensonge créé pour mieux trouver la paix.

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