Ni la burqa, ni la loi
Les images d’Iran, d’Arabie Saoudite ou d’ailleurs, celles qui emplissent nos yeux de masses noires sans forme ni visage, nous effraient. Elles ébranlent nos convictions profondes en niant toute identité à ces femmes. Elles nous touchent parce qu’elles semblent nous ramener en arrière, à des temps où la femme n’était pas grand chose. Plus que l’insécurité que dégagent ces expressions voilées, c’est le néant imposé à ces êtres qui nous dérange et réveille nos consciences libertaires. La vue de ces images nous tiraille, au point de vouloir sur le champ crier notre passion pour ce beau mot de liberté.
Cependant, est-ce de la liberté que d’interdire un comportement, une allure en public, un geste vestimentaire ? Si l’on s’attelait à traiter d’abord les vrais problèmes posés par l’islam dans notre pays, allant de l’islamophobie au financement des mosquées et à la formation des imams dans des pays aussi peu modérés que l’Arabie Saoudite, si l’on tentait de trouver des solutions à toutes ces défaillances, alors peut-être une loi d’interdiction du niqab prendrait tout son sens.
On a bien tôt fait de s’indigner face au peuple suisse qui s’est exprimé en faveur de l’interdiction des minarets, décision qui dans son intention irait a l’encontre même de la liberté de croyance religieuse, pourtant part intégrante de la laïcité. On croit être bien au-dessus de ça, bien loin. Qu’est-ce qui nous assure pourtant que le soutien majoritaire de l’opinion au projet de loi sur le niqab est extérieur à tout sentiment islamophobe ? Imaginer de hauts minarets qui dépasseraient nos si vieilles et fières cathédrales, voir les niqabs et les hijabs envahir nos rues, tout cela réveille en nous ce réflexe identitaire souvent évoqué. Bien sûr, vouloir la disparition du niqab est bien plus noble, on vous l’accorde. Seulement, tout le débat de grande ampleur sur cet aspect précis de l’islam fait oublier tout ce qui devrait pourtant prévaloir. Aujourd’hui deuxième religion de France, l’islam est bien méconnu. Cette religion fait peur depuis qu’elle est devenue visible. Mais la laïcité ne consiste pas, comme le suggère Eric Zemmour, à éradiquer le voile de nos rues même, elle tient au contraire dans le respect de tous – y compris de ceux qui croient et voudraient pratiquer leur religion en toute quiétude. On est effrayé, dans ce monde tout désenchanté, d’assister à l’essor d’une religion aussi exigeante dans sa pratique. Et comme cette question est entremêlée avec celle de l’immigration, on voit d’un mauvais œil ceux qui au nom de leur foi font le choix de renoncer au cochon, aux bulles de champagne, leur préférant le Ramadan ; ce sont là les preuves qu’ils ne sacrifient rien à leur intégration. Il n’y a dans chaque discours de Nicolas Sarkozy à ce sujet, qu’éloge de la diversité culturelle qu’ont permis des siècles d’immigration et qui ferait aujourd’hui la fierté de la France. Alors pourquoi vouloir faire renoncer ces gens, pourtant la plupart déjà français au même rang que les autres, à leurs particularités, à leur façon de voir la vie ? Alors l’islam est regardé de façon suspecte, comme obstacle volontaire à l’unité de la nation. Ce repli sur des préjugés pourtant faciles et dénoncés n’a pas de quoi rendre fier.
Reste malgré tout le problème de la burqa. Interrogé a ce sujet, Bakari Sambé, professeur de science politique à l’Institut pour l’étude des civilisations musulmanes disait à propos du port de ce vêtement: ‘On ne sait pas dans quelle mesure il est le fait d’un choix libre ou d’une pratique imposée, et tant que les femmes concernées ne portent pas plainte contre les personnes à l’origine de la contrainte supposée ou réelle, il est difficile dans un Etat de droit de donner une réponse tranchée sur la question.’ D’ailleurs, le niqab renferme même parfois une revendication identitaire ou politique, comme n’ont de cesse de le montrer toutes ces femmes qui se disent fières de le porter, et qu’ont érigé en modèles de nombreux médias français pour alimenter ce débat qui gronde. Bien sûr, qu’on les regarde avec quelque condescendance, en espérant qu’elles se remettront d’elles-mêmes dans le droit chemin, ou qu’on respecte leur choix, ce n’est pas une loi qui va leur redonner la dignité de se dévoiler. De façon tout à fait prévisible – et je ne reprends là qu’un constat presque unanime-, ces femmes pour éviter l’amende ou l’humiliation publique resteront chez elles. Et on pourra se mordre les doigts, à raison, d’avoir par cette loi restreint un peu plus leur liberté.
Si l’on considère que la plupart de ces femmes sont contraintes de se cacher sous leur niqab par les hommes de leur vie, père, frères ou mari, pourquoi alors ne pas tenter de résoudre le problème en visant ces derniers directement ? Ce projet de loi a ceci d’absurde que pour lutter contre l’extrémisme, il s’attaque à ses victimes. Pourquoi interdire l’émanation de ce radicalisme, le niqab visible, plutôt que ses racines, certes plus difficiles à atteindre ? Il faudrait expliquer à ces hommes qu’aucune sourate du Coran ne fait allusion au niqab et que pour la plupart des savants musulmans, le Livre n’ordonne en aucun cas à la femme de se voiler entièrement. Il faudrait faire comprendre à ces hommes qu’ils se fient à une mauvaise interprétation des textes islamiques. En Mauritanie, il y a une semaine, un comité d’Oulémas, c’est-à-dire les hautes autorités religieuses, reconnues pour leur savoir et mandatées par le gouvernement, ont amené à se repentir la majorité des 67 détenus islamistes de la prison centrale de Nouakchott. Comment ? Par le dialogue tout simplement, chose qu’on semble avoir oublié en France aujourd’hui. En leur montrant que renoncer à la violence et l’extrémisme, c’est mieux respecter l’islam. Certes, quelques irascibles n’ont pas accepté de débattre mais les autres se sont pris au jeu. Ce sont les hommes de savoir, reconnus pour leur connaissance de l’islam, qui pourront avoir quelque influence, pas la loi. Encore moins la loi d’une nation ressentie au jour le jour comme islamophobe.
Soyons raisonnables, et reprenons ce débat de ses racines. Ce n’est pas comme s’il avait vraiment apporté quoi que ce soit.
CC Flickr Fotorita.


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Une chose me parait fondamentale: ne pas céder aux mises en garde du conseil d'Etat. La décision est prise et le recul aurait des conséquences catastrophiques. Si des personnes considérent que le port de la burqa (qui n'est pas un signe religieux) est primordial, elles ont la possibilité d'aller la porter ailleurs. Le vivre ensemble ce n'est pas imposer son mode de vie particulier au pays qui vous accueille
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