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Watchmen: Les Gardiens

Un article de Gabriel, le 5 March 2009, qui a suscité 3 Calamarderies (pour le moment) ...
La note du Calamar

J’aurais dû m’en douter, me méfier même. C’était vraiment trop tentant. Une adaptation sur grand écran, des Watchmen, le mythique graphic novel (roman graphique en français) de Alan Moore et Dave Gibbons, ça ne se refuse pas. Songez que ce comic book en douze épisodes a quand même été cité parmi les 100 œuvres majeures de la littérature de langue anglaise depuis 1923 par Time. Une lecture des Watchmen suffira à vous convaincre du bien-fondé de cette récompense. Rarement un ouvrage n’a atteint une telle qualité graphique et scénaristique, une telle audace aussi inhabituelle dans ce genre de littérature.

En décrire l’intrigue en quelques mots est une gageure car c’est justement sa complexité qui fait toute la richesse de l’œuvre. Pour planter le décor, disons simplement que les Warchmen vivent en 1985, sous le cinquième mandat de Nixon qui a brillamment remporté la guerre du Vietnam, mais doit faire face à l’imminence d’une guerre nucléaire … contre les Russes bien sûr. Lorsqu’un des leurs, le Comédien, est assassiné, les Watchmen se réunissent pour résoudre le complot qui les menace. Malgré leur interdiction d’exercer.

Je vous ai prévenu, il serait impossible de résumer les douze tomes en quelques mots, alors qu’ils nécessitent plusieurs lectures attentives pour saisir toute la richesse de l’histoire. Il me sera beaucoup plus facile de résumer le film de Zach Snyder, le réalisateur très remarqué de 300, dont l’esthétique soignée avait fait de cette adaptation de BD (déjà) un succès en salles.

On ne pourra pas en dire autant de cette nouvelle ligne sur son CV. Watchmen: les Gardiens n’a plus grand chose à voir avec le livre dont il tire (ou prétend tirer) son inspiration, à part les personnages. Comment Snyder a-t-il pu de toute manière pensé qu’il pouvait retranscrire en 160 minutes un feuilleton qui avait tenu les Américains en haleine pendant un an? A-t-il péché par excès de confiance?

En tout cas, il n’est pas sûr que son film ravira les fans de la bande dessinée, qu’ils soient des mordus de la première heure ou des apprentis lecteurs ayant tout juste effleuré le monument (c’est encore mon cas, je ne l’ai lu qu’il y a deux semaines). A aucun moment le film ne donne l’illusion qu’il pourra rivaliser avec son aîné et il s’engouffre dès lors dans les méandres d’un scénario parfois aberrant qui trahit l’esprit de ses créateurs. L’histoire proposée frise donc avec la caricature, tant son déroulement semble plat et convenu, à la manière d’une mauvaise série télé. Bien sûr, et la durée l’explique, le film n’exploite même pas 20% du scénario original et laisse de côté des pans entiers de l’histoire. A croire que le temps ne manque pas, Snyder réduit les rares scènes d’action à des combats en corps à corps filmés au ralenti (comme dans 300) et se complait dans une violence sanguinolente absolument inutile. Rajoutez des scènes de sexe pas plus justifiées et vous comprendrez ce qui a valu au film une interdiction aux moins de 12 ans, manière de réduire encore plus le public d’un film qui, vu son “élitisme”, ne risque déjà pas d’en attirer beaucoup.

On passera sur les acteurs, qui n’offrent pas de véritable fond psychologique à leur personnage (à l’exception notable du Comédien, incarné par J.D Morgan, cf photo ci-dessous), et sur leur jeu médiocre. En revanche je me permettrai un coup de gueule aux maquilleurs, incapable de transformer convenablement une actrice quadra en mémé (pour la crédibilité en général, faudra repasser). Que dire aussi des décors et des costumes flamboyants des Watchmen, qu’on croirait tout droit sortis de Batman. Celui de Joel Schumacher, bien sûr.

A moins de ne rien connaître à l’univers des Watchmen, et encore, je ne conseillerai donc ce film long, sans rythme et sans âme à personne. Comme je suis beau joueur, je laisserai quand même le mot de la fin à Doc Manhattan, une sorte d’ectoplasme nucléaire inexpressif en images de synthèse: “i’m very disappointed“. T’es pas le seul à le penser.

PS: Watchmen a été réédité en VF cet hiver chez Panini Comics. L’édition brochée est disponible en librairie pour 15€. Une oeuvre magistrale que je vous conseille de lire!

Pour en savoir plus

3 Calamarderies »

  • Maya (author) said:

    Gabriel, je trouve que tu es notre chroniqueur le plus polémique. Des troupes enragées de quelques quotidiens nationaux vont débarquer sur ce site pour te dire que tu ne dis que de la merde.

    C’est TRÈS bien, continue comme ça. :)

  • Gabriel said:

    Ouais, ça va au moins nous assurer une couverture nationale VOIRE internationale.
    La polémique, c’est mon fonds de commerce.

  • Alea said:

    Mince, je pensais le voir. Mais j’avais des doutes. Surtout depuis que j’ai pu voir le début de 300 que je mets dans la catégorie “effets spéciaux sans rien à côté” (désolé pour ceux ayant aimé 300), ce qui me faisait penser que cette adaptation de Watchmen pouvait être aussi un film de ce genre. Gabriel va dans le sens de mes doutes… malheureusement car, après en avoir vu les affiches, j’étais tenté.

    Bon, j’imagine qu’il n’y a pas dans ce film l’histoire secondaire de la BD ?

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