Gran Torino
(Si vous n’avez pas vu le film, ne lisez pas le dernier paragraphe, vous êtes prévenus).
De nos jours, la frilosité des producteurs a pour principale conséquence de projeter sur nos écrans des films plutôt mono-émotionnels : les comédies ne sont que comiques, les tragédies ne sont que tragiques et les films d’actions ne sont remplis que de testostérone; et trop peu nombreux sont également les films qui conjuguent succès public et admiration critique.
Pourtant, il se pourrait bien que faire passer le spectateur du rire aux larmes et charmer tant la ménagère de moins de 50 ans que le journaliste des Inrocks soit bien l’apanage d’un grand film, sinon d’un film réussi. C’est donc fort logiquement qu’on peut dire que Gran Torino est un film parfaitement maîtrisé, pour mélanger rires (beaucoup), testostérone (pas mal) et lacrymalité (mot inventé pour l’occasion). Et pour avoir fait dire du bien de lui à la fois chez Chronic’art, les Inrocks et Télérama, ce qui n’est pas peu dire.
Mais assez craché sur les concurrents (sic), et intéressons nous à ce dernier effort de l’immense réalisateur républicain. Pour être parfaitement honnête et quitte à affaiblir ma chronique, disons que je n’ai vu d’Eastwood-réalisateur que Million Dollar Baby, faisant l’impasse sur Mystic River, Mémoires de nos Pères, les Lettres d’Iwo Jima et l’Échange pour ne citer que les plus récents.

Ainsi, une première constatation s’impose : quand Eastwood se dirige lui-même, comme c’est le cas à la fois dans Gran Torino et dans Million Dollar Baby, il aime se camper dans la peau d’un vieil homme rugueux, austère et par beaucoup très désagréable, qui néanmoins se prend de pitié pour la petite créature qui vient frapper à sa porte, l’éduque et la porte, devient son nouveau père pour finalement que le film se termine par une mort brutale quoiqu’attendue.
Mais comme je dis toujours, c’est pas parce que tout le monde a déjà mangé un gâteau au chocolat ou une pizza que ça ne te donne pas envie de te rouler par terre. Idem donc, même si on a déjà goûté, on en demande encore !
Et pour cause, c’est une belle alchimie que nous réussit là le père Eastwood. Dans un décor intemporel surgit de nul part (à peine comprend-on que l’action se déroule dans le Michigan), notamment grâce à un grain d’image très fifties, Clint est Walt Kowalski, vétéran de Corée qui vient de perdre sa femme. Dès les premières minutes du film, on comprend vite à quel bonhomme on a affaire : coléreux, capricieux, caractériel et… raciste. Car les « gook-head » sont légions pour désigner ses voisins asiatiques, qui à son grand dam sont les nouveaux habitants de son quartier… Passons sur les détails, mais toujours est-il qu’il se prend d’amitié pour Thao, un jeune Hmong qu’il prend sous son aile.
Ce mouvement répulsion/rejet qui constitue la première partie du film est vraiment drôle, et joue sur le thème usé mais encore bien solide du rapport aux autres, à l’étranger et la découverte de l’altérité. Humour fin et tranchant sur fond de suburb désenchantée, dialogues savoureux et acides, répliques crues et coup de poing (« Ever notice how you come across somebody once in a while you shouldn’t have fucked with? That’s me. », et pan), font mouche et on rit franchement, on tremble un peu parfois (je ne vous dirai pas pourquoi, je suis pas si veule, oui veule).

Ça se complique un peu quand le grand Clint s’aperçoit que son petit protégé est malmené, la tragédie commence à se nouer, et il nous faut peu de temps pour déchiffrer la trame qui va se dérouler sous nos yeux, et qui ressemble à s’y méprendre à une tragédie grecque, où le destin funeste appuie de tout son poids sur les frêles épaules du héros malmené par la houle des temps (sic). Tout ça pour dire que ça devient nettement moins drôle quoique tout autant réussi, et même si la personnalité de Walt nous apparaît plus clairement, on sent que ça va être super jouasse, cette fin de film.
La dimension psychologique dans Gran Torino est très importante, que ce soit pour Mr Kowalski, Thao ou sa sœur (la charmante Sue), on est plongé dans leur personnage et euh, voilà, j’espère que vous m’avez compris.
En mélangeant d’une main de maître les thématiques universelles du regret, du deuil, de la famille, de la rencontre avec l’autre, de la différence, de l’amitié, des remords, Clint Eastwood frappe juste : c’est émouvant, pas niais pur un sou, bien foutu et maîtrisé (et tout le monde trouve son bonheur, les amateurs de testostérone, d’eau de rose et de truc un peu plus psychologico-comportementaliste même).
On peut quand même faire des reproches au camarade Eastwood, notamment celui d’être un peu manichéen, simpliste (au hasard, l’homme qui a une peine cachée qui le dévore et qui cherche le salut dans l’absolution de sa faute, c’est un peu relou), voire même prosélyte.
Car oui, on connait les accointances républicaines de Eastwood, mais par pitié, personne, je dis bien personne, ne se fait cribler de quelques dizaines de balles d’armes automatiques ET tombe les bras en croix, net et propre comme l’autre velu de Nazareth.


Ah quelqu’un qui a compris le film! Du bon, du très bon, du très grand Martin. Comme Eastwood, il se bonifie avec l’âge celui-là!
Merci l’ami, la prochaine fois je te ferai aussi du lèche, promiiiiis !
HAHAHAHA “un JOURNALISTE des Inrocks” HAHAHAHA
HAHAHAHA “… les Inrocks, ce qui n’est pas peu dire” HAHAHAH
non, soyons sérieux.
excellent film, par contre. <3
‘tain j’ai lus le spoiler sans faire exprès, pute, va falloir que j’oublie maintenant parce que j’avais bien l’intention d’aller le voir ce sacré Clint. Très bon article.
hé hé mon petit martin… tjs aussi doué!!
trés bon article =)
j’ai bcp aimé ce film…et quelle voiture!! ben oui je comprend pas pourquoi t’en as pas parlé!! elle est qd mm magnifique
(comment ça c’est pas parce que c’est le titre du film que c’est forcément le sujet principal?? ^^)
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