Eden à l’Ouest, rien de nouveau…
On ne connaît ni son origine, ni son passé. A le voir jeter ses papiers par-dessus bord, on comprend qu’Elias est déterminé. Prêt à tout pour arriver à Paris, malgré les moqueurs, les profiteurs, cet homme à la beauté mystérieuse ne semble pas comme les autres. ‘Eden à l’ouest’, rien de nouveau… Et pourtant, cela fait du bien de se l’entendre raconter par quelqu’un d’aussi talentueux que Costa-Gavras.
Quand il arrive à la nage, après s’être échappé de son embarcation découverte par la police, dans cet hôtel près de la mer, ce sont deux mondes qui s’affrontent, l’indifférence des riches et la peur de ceux qui ont fui à la recherche d’un abri. Costa-Gavras nous dépeint des touristes qui n’hésitent pas à perdre du temps de leurs vacances pour aider la police dans leur chasse aux immigrés. Si cette cruauté sans compassion est assez caricaturale, et s’il est vrai que peu de gens oseraient à ce point afficher aux yeux de tous leur manque d’humanité, on comprend ce que cherche à nous dire le réalisateur à travers Elias. Qu’elle se dissimule ou pas, la crainte ou plutôt l’indifférence de ces riches qui ne savent pas est bien là. On devine que Costa Gavras, même s’il ne l’affirme pas, s’est engagé dans ces images poignantes. Au moment où quelques touristes découvrent échoués sur la plage des corps d’immigrés, peu s’en émeuvent. Même, un ‘On ne peut plus se baigner’ fuse, auquel répond un ‘Il y a la piscine’ non moins choquant. Bien sûr, la caricature est là, menaçante, peut-être même voulue. Mais elle a le mérite d’éclairer d’une lumière dénonciatrice tous ces gens qui s’aveuglent face à la réalité. Sans compassion, on ne peut juste voir ces êtres que comme des parasites, qui viennent nous voler notre bonheur. On ne les connaît pas, alors pourquoi s’y intéresser ?
Mais plus que ces autres au regard qui ne voit pas, ce sont Elias et ses attitudes qui ici importent. On le voit accepter de fréquenter cette femme plus chaleureuse que les autres, sûrement parce qu’elle peut le protéger sur cette île hostile. On le voit renoncer à afficher tout autre sentiment que la dignité, l’attachement aussi lui est interdit. Quand un routard l’invite à faire un peu de route dans son camion, Elias s’enferme dans la méfiance. Toute preuve de gentillesse ne sonne pas juste à ses oreilles. D’ailleurs, Elias ne parle presque pas. On pourrait regretter de ne pas mieux connaître cet homme dont on suit les péripéties. Mais n’est-ce pas ce dont il s’agit au fond ? Faire de cet homme un parmi les autres, sans identité pour que tous puissent y être identifiés. Elias reste donc un étranger à nos yeux. Mais sa hargne, exemplaire, nous donne à réfléchir. On se demande quelle force le guide, ce qu’il s’imagine trouver dans son Eden parisien. Et puis, constamment sur ses gardes, obstiné de silence, Elias arrive dans la capitale. Un rêve qui finit ? Le cauchemar, peut-être, vient juste de commencer. Et Elias devra continuer longtemps, avant de trouver son cher pain frais…

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