Bénabar au Zénith de Paris (14/03/09)

Après 5 albums, dont un dernier un peu plus sinistre que les autres, on pouvait se demander si la joie serait au rendez-vous samedi soir au Zénith. Avec un Bénabar ouvrant la soirée en dédicaçant le concert au regretté Alain Bashung, « modèle pour nous tous », décédé quelques heures auparavant, on pouvait sérieusement avoir des doutes… Il n’en fut rien.

La première partie, Saule, a une très belle voix, douce, pleine, tendre. Comme Bénabar, il sait jouer sur les deux registres : celui de l’humour et de la poésie. Le genre de type qui vous glisse en plein milieu d’une chanson mélancolique qu’un pigeon lui a chié dessus, sans que cela paraisse pour le moins étrange, qui crie son amour des Dames Pipi, mais qui sait aussi décrire avec les meilleurs mots – forcément simples – sa relation avec sa grand-mère, et qui vous touche avec son détourné et si joliment pensé « je n’ai personne où aller ». S’accompagnant seul à la guitare, il réussit à chauffer la salle, très réceptive.
Bénabar fait ensuite une entrée monumentale avec ses musiciens, sur une musique digne d’un grand film d’émotion, et avec un jeu de lumières très théâtral, qui nous met de suite dans l’ambiance très décalée et second degré qu’il revendique. Tout de suite, il charme avec son énergie, son déhanché, ses mouvements de danse improbables rappelant vaguement un « fais comme l’oiseau », sa joie d’être là. Le déroulé des chansons est parfait, mêlant aussi bien les chansons du dernier album que celles plus anciennes, remontant même jusqu’au titre « La p’tite monnaie », figurant sur l’album qu’il avait fait à ses débuts avec ses «associés ». On est même étonné qu’il n’y ait finalement qu’un nombre assez limité de chansons du nouvel album qui aient leur place ici. Mais ce dernier, qui est plus sombre, se porte moins à l’ambiance de fête que nous livre ici Bénabar. Il est également vrai qu’elles ont moins de succès dans le public, donnant l’impression qu’Infréquentable constitue en quelque sorte le raté de sa carrière (il en faut toujours un). Mais sur « Le dîner », « Y’a une fille qui habite chez moi », « A notre santé », « Dis lui oui », « Sac à main »… la foule danse et sautille. Un nombre impressionnant de musiciens l’accompagne sur scène, avec une bonne ambiance de fanfare terriblement contagieuse. On est loin de ces concerts où chacun joue dans son coin, la basse d’un côté, le guitariste de l’autre, et le batteur dans le fond. Celui-ci dispose d’ailleurs d’une astuce qui lui permet de faire avancer le promontoire sur lequel se situe sa batterie afin d’aller susurrer à l’oreille de Bénabar les fausses notes qu’a fait le guitariste. Car ce qui fait la réussite de ce concert, c’est aussi tout ce qui entoure la musique avec les petits sketches qu’ont préparé Bénabar et ses musiciens.
Surtout, Bénabar s’impose comme un conteur hors pair. On le dénotait dans ses chansons, qui savent si bien retranscrire les « petites choses » de la vie des autres, qui font sourire vraiment, rire doucement, on le voit encore plus clairement sur scène, où le texte prend vraiment toute son ampleur. Qu’il vous conte l’histoire de la minette désespérée, qui couche avec son psy, celle de la bande de copains perdus sur l’autoroute, ou celle des animaux du zoo de Vincennes, il a toujours cette humanité, et ce coup de crayon vocal, qui sait vous embarquer. Quand il s’accompagne seul au piano, et qu’on entend distinctement sa voix rocailleuse, très titi parisien, on est simplement ému.
Quand vient la fin, le public exige un rappel…puis un autre…un autre encore…les lumières se rallument, mais nous ne quittons pas la salle. Bénabar revient et salue une dernière fois.
On sort heureux.
Il repasse le 1er décembre à Bercy. A ne pas rater.
Pour aller plus loin
- Le site officiel : http://www.benabar.com
- Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9nabar
- Deezer Benabar : http://www.deezer.com/#music/result/all/b%C3%A9nabar


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