Tracy Chapman au Palais des Congrès

La salle s’assombrit, le silence se fait, et la voix résonne. Apaisante, douce, posée, et envoûtante, elle s’impose aussi simplement qu’elle est arrivée, sur les mots de « For You». Les accords sont simples, les paroles se répétent..Pourtant l’inimitable touche de Tracy Chapman nous saisit, nous prend d’émotion et nous fait nous sentir étrangement loin de notre siège au milieu de l’imposant Palais des Congrès. Il est des voix qui arrivent à percer nos émotions, à nous surprendre tant elles nous parlent. faire percer à jour des choses qui pourtant étaient bien enfouies en nous. La musique, c’est quelque chose qui nous tiraille, qui nous a, qui nous atteint. Quelque chose qui laisse parler plein de choses enfouies en nous, grâce à des notes simples, ou des mots profonds.
Et avec Tracy Chapman et sa belle voix grave, on comprend qu’il n’y a pas besoin de complexité pour donner du beau. Qu’une voix, une guitare, des paroles simples, ça suffit pour vous transporter toute une salle. Car on peut critiquer la miss pour sa simplicité. On peut lui reprocher de ne pas chercher plus loin. Mais c’est quoi, plus loin ? Elle réussit à nous persuader, avec ses quelques jolis mots répétés en boucle (‘I’m yours if you don’t mind’), que la musique n’est pas qu’affaire de complexité, mais de sentiments, ou de projection si on préfére. Quand la belle nous dit « I remember we were driving driving in your car (…) And your arm felt nice wrapped ’round my shoulder And I had a feeling that I belonged And I had a feeling I could be someone» ou « You got a fast car But is it fast enough so you can fly away You gotta make a decision You leave tonight or live and die this way » (paroles de Fast Car, jouée d’ailleurs magistralement), difficile de ne pas être touché.
Entre ses chansons tristement amoureuses, qui toutes éclairent des sentiments simples mais grands dans leur pureté, et celles plus engagées politiquement, sans toutefois en rajouter, la voix de Tracy-qui-déchire comme aiment à l’hurler les fans dans la salle, est celle du même idéalisme. Oui, d’accord, c’est facile d’être idéaliste. Sauf qu’il y a les gens qui clament leur idéalisme à tout bout de champ, et ceux qui le sont vraiment. Ceux qui consacrent, quelques mots simples mais pas ‘politiques pour faire bien’, à la question raciale si longtemps problématique aux Etats-Unis. Dans « Accross the lines » (« Who would dare to go Under the bridge, Over the tracks that seperate whites from blacks ») elle nous parle de sa ville d’origine, Cleveland, Ohio, où la dépression économique a fait que les gens étaient ‘moins ouverts d’esprit’. Elle parle sans juger, et à chaque fois qu’elle annonce -et raconte- le morceau qu’elle s’apprête à chanter (moments qu’on adore, d’ailleurs), la belle reste vraie et sincère, sans toutefois nous imposer une quelconque colère ou amertume. Mais en ne cessant de mentionner l’élection de Barack Obama, elle montre que chez elle l’idéalisme n’est pas seulement le constat facile à faire d’un monde pourri et de ses problèmes. L’idéalisme à la Chapman, c’est aussi croire en l’avenir. Comme elle le dit elle même, le titre de son nouvel opus, « Our bright future » pourrait être considéré comme ironique au vu de certains des morceaux graves qu’il contient. Pourtant, elle voit dans ce titre une façon de montrer qu’il reste de l’espoir, que l’avenir dépend des actes des gens, qu’il n’y a aucune fatalité. Un beau message d’espoir dans l’atmosphère pesante actuelle où tous les jours on nous rabache que rien ne va plus. Pourtant pas démago pour un sou, la belle n’impose pas ses idées ; elle les chante, simplement, avec sa voix magique, sans jamais se la jouer grande star. D’ailleurs, c’est au début d’une voix très tremblotante, presque fragile, que la belle, attendrissante par sa timidité, s’adresse à nous. On l’imagine terrorisée, et le contraste frappe avec l’assurance qui guide sa voix dès les premières notes.
Dix ans qu’elle n’était pas venue nous faire ressentir, frissonner, et espérer. Oui car, en établissant ce lien si spécial qui fait qu’un concert devient particulier, l’envoutante artiste nous fait croire. Mais croire à quoi ? A la beauté de la vie, peut-être. Car tout reste à faire.
La playing-list :
Après avoir entâmé par « For You » et « All that you have is your soul », ses vieilles chansons, elle nous propose de chanter (ou tututer, pour être exacte) ave elle sur sa nouvelle « Sing for you ». Air dont elle reconnaît la simplicité, mais dit : « Je voulais un air qui puisse parler à tout le monde. Grâce auquel tout le monde pourrait se souvenir d’une chanson qu’il a déjà entendu, d’un moment ». Elle voit la musique comme faisant partie de la vie, une sorte de bande originale qui marquerait une étape différente. Le souvenir du moment où elle a chanté avec sa sœur à la radio, en particulier, fait scintiller ses yeux. Ensuite, s’enchaînent vieilles et moins vieilles chansons. Parmi elles, une reprise de « House of the Rising Sun », interprétée à la guitare électrique d’une façon un peu plus groovy que les autres, « Give me one reason », qui déclenche l’euphorie générale (mais il faut aussi dire qu’on se rapproche de la fin et que la peur de voir s’évader la belle et avec elle, la magie du moment, rend plus hystérique encore), « Accross the lines », « Fast car », « Telling stories », « America », « I’m Yours », le fameux « Talkin’ about a revolution » (à laquelle il faut cesser de la limiter d’ailleurs) et « Our bright future », titre éponyme de son nouvel album.

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