Thomas Fersen (aux Folies Bergères, 26 novembre 2008)
Après les multiples visionnages de son concert « La Cigale des Grands Jours » je savais. Je savais qu’en me rendant aux Folies Bergère pour le voir lui, Thomas Fersen, j’allais passer un moment exceptionnel, du moins je l’espérais. Et il y avait foule ce soir devant ce lieu historique, des jeunes, des moins jeunes, des carrément vieux, néo-bab’ ou cadres dynamiques, vieilles bourgeoises et jeunes premiers, grillant un dernier clope avant de plonger dans un autre univers. Car c’est là une des caractéristiques des spectacles de Thomas (si vous me permettez cette familiarité), à peine arrivent les premiers jeux de lumière qu’on est transporté dans une bulle en dehors du monde, plus rien ne compte si ce n’est la musique, le personnage, son univers et ses chansons, que tous connaissent par cœur. Mi-colporteur mi-fée, Thomas arrive vêtu d’une robe blanche lui tombant aux pieds, d’un veston et d’un drôle de haut de forme à plumes. Sur son nouvel album Trois Petits Tours, on peut le voir avec Germaine, sa valise, pleine d’histoires invraisemblables et poétiques, parfois drôles, parfois morbides souvent décalées qu’il vient nous livrer avec un plaisir non dissimulé.

Pour ma part , Thomas Fersen a bercé mon enfance, je l’ai « connu » dès son premier album, Le bal des oiseaux sorti en 1993, très chanson-rock-jazz. Ont suivi Les ronds de carottes, Le jour du poisson, Qu4tre. Connaître un artiste dès ses débuts, c’est toujours passionnant, on a l’impression de suivre, de comprendre ses évolutions musicales, lexicales, jusqu’à un point où on ne sait plus si c’est vous qui vous reconnaissez de plus en plus en lui et ses textes, ou si à l’inverse c’est lui qui vous ressemble de plus en plus. Pour moi l’évolution musicale de Thomas Fersen est latente dans chaque album, cependant c’est avec Pièce Montée des Grands Jours en 2003 qu’il s’ancre dans un style de chanson française bien à lui, déjà amorcé dans Qu4tre avec des classiques comme La Chauve-Souris ou Monsieur. Cette orientation s’affirme dans les albums suivants : Le pavillon des fous et Trois petits tours. A force s’en est presque lassant, toujours les percussions, toujours les rythmes de marche, la même scansion, la même voix qui s’éraille, des textes qui déraillent… Mais la musique de Fersen est subtile, derrière les gros sabots, il y a foule de merveilles bizarres à découvrir: du ukulélé (et agréable à l’oreille !), de la mandoline, du clavecin, des ondes Martenot, des textes ambigus ou poétiques…et bien d’autres.
Mais je m’égare, je m’égare revenons au concert : Thomas, les Folies, moi….enfin nous : la salle est complète et le public bien qu’apparemment fan se contente de dodeliner de la tête alors que Thomas danse la St Jeannette. C’est un peu l’inconvénient des concerts assis, bien que cela soit assez drôle à observer : vous remarquerez que les gens assis aux places les plus chères sont toujours les moins réactifs. Vive la pagaille du poulailler. Thomas alterne savamment les chansons de son dernier album et les classiques connus de tous, il exhorte le public à chanter, à lui parler, nous raconte des histoires, ses déboires médicaux…On sent qu’il est là pour se faire plaisir, pour nous faire plaisir et ça mérite d’être souligné. Bien qu’il soit au centre de la scène, cible des lumières, ses musiciens ne sont pas en reste, débordants d‘énergie, ajoutant une touche rock n’ roll aux chansons qu’on pensait plutôt sages ; Thomas s’éclipse même un moment pour laisser la place au chant à son guitariste, en profite pour ôter (enfin) sa robe de première communiante, revient dans l’habit de dandy qui lui va si bien. Un vrai magicien venu nous faire trois petits tours. Les concerts à Paris sont finis mais Thomas Fersen est en tournée jusqu’en mai 2009 (au moins) dans toute la France.

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