Permis de Croquer (expo)
Permis de Croquer
Exposition à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris
« Le dessinateur de presse est le baromètre de la liberté d’expression », affirme Plantu. A en croire cette exposition, la liberté de s’exprimer est bien réelle. « Permis de croquer » réunit les œuvres de caricaturistes du monde entier, tous membres de l’association « Cartooning for peace » (« Dessins pour la paix ») fondée sous l’égide de Kofi Annan. Elle vise à montrer que, quelque soit leur style ou leur vision politique, tous ces dessinateurs de presse partagent le même esprit: celui de vouloir dénoncer, avec humour, ce qui ne va pas car il en va de leur responsabilité. Ce que Kofi Annan voulait promouvoir, c’est la tolérance, la fraternité, mais surtout la liberté d’expression. « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’au bout puisque vous puissez les exprimer », disait Voltaire.
Tous les sujets y passent : le Tibet, le Darfour, Sarkozy, les JO, la Birmanie, l’aide au développement, le réchauffement climatique, G.W Bush bien sûr.. Sur un ton cynique, certains peuvent nous horrifier ou nous énerver, comme celui de Lefred Thouron (caricaturiste du « Canard Enchaîné » entre autres), qui dépeint un homme regardant la télé ; sa femme jette un coup d’œil à l’écran : « Où est-ce qu’il y a les soldes ? » « Ce sont les émeutes de la faim ».
Plusieurs de ces dessins sont peu complaisants avec les puissances occidentales en général : Certains dénoncent l’inefficacité totale de l’aide au développement : « Je vous apporte des Ipod », « On voudrait de l’aspirine ». D’autres critiquent le peu de réaction internationale au Darfour, ailleurs encore on dénonce les intérêts financiers qui sont les seuls à entrer en jeu. Sur la question du réchauffement climatique, un dessin critique l’hypocrisme des puissances qui ne parviennent pas à s’entendre sur la réduction de l’effet de serre (échec de la Conférence de La Haye en 2000) mais ne se gênent pas pour venir donner des leçons aux pays africains : Au Darfour, paysage dévasté, où une famille a péniblement réussi à garder une vache : « On ne vous a jamais dit que l’élevage bovin était dangereux pour la couche d’ozone ? ». L’alliance des mots, courts, brefs mais puissants, et des images frappe.
On regrette que peu de place soit laissée aux caricatures d’hommes au pouvoir : Bush, Berlusconi et Sarkozy sont les seuls à être présents. Dommage. Mais peut-être n’est-ce pas l’intérêt de l’expo, qui vise plus à dénoncer de grandes injustices qu’à se moquer de personnages particuliers.
L’humour confère au dessinateur un pouvoir incroyable. Il lui permet d’être subversif, de s’engager en restant, en apparence, extérieur. Parfois un dessin humoristique touche plus qu’un long article virulent. C’est ici le pouvoir de l’image, le pouvoir du drôle ou du cynique. Tirer des situations ce qui peut frapper, ce qui peut faire rire : tel est le travail des caricaturistes. L’exposition a le don de nous rappeler que le dessin est une arme, et une arme efficace.
Qui a le pouvoir de dénoncer d’un trait la corruption, les abus de pouvoir, l’injustice, l’incompréhension, l’indifférence. En s’appuyant sur cette façon si particulière de voir l’actualité, avec un regard amer. Mais plus vif.
Pourtant, et on nous le rappelle dès la première partie de l’exposition, la menace de la censure pèse en permanence sur le dessinateur. Qu’elle puisse venir des hommes politiques, des lobbies ou du plus insidieux « politiquement correct », cette censure a pu provoquer – notamment après la ‘crise’ Charlie Hebdo- de nombreuses réactions parmi les caricaturistes du monde entier. Un dessin de Willem montre bien cette pression autour du caricaturiste qu’encerclent, menaçants, des représentants de toutes les religions avec un impitoyable : « Fais nous rire ».
Sur un écran qui passe en boucle plusieurs de ses interviews, Plantu rappelle que plus qu’une association, « Cartooning for peace » est un mouvement qui vise à faire réfléchir sur le rôle de l’image, et sur celui du caricaturiste. Il a voulu, par cette diversité des caricaturistes, mélanger les religions, les cultures, les points de vue. Pour trouver une ouverture, afin d’énerver les intolérants, pas pour mettre de l’huile sur le feu.
L’expo finit le 8 mars. Courez-y, vite !
Infos pratiques:
22, rue du Malher — Métro : St Paul
Du mardi au dimanche : de 11h à 19h
Tarif réduit pour les étudiants : 2 euros

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