Frozen River, histoire glaçante
D’un bout à l’autre, le film est glacant, et ne laisse pas l’ombre d’un espoir. Pour sortir sa famille de la misère, Ray décide après avoir rencontré une passeuse Mohawk, de faire traverser le Saint-Laurent gelé à des immigrés prêts à tout pour atteindre les Etats-Unis. Elle aussi ne refuserait pas grand chose pour pouvoir payer ce mobile-home qui fait tant plaisir à ses enfants. Plus qu’une histoire de clandestins, c’est surtout la misère qui est à l’honneur dans ce film. La petite cadette de Ray se fait un bonheur de ces petites choses dont nous avons oublié l’importance tandis que son frère se bat pour lui faire vivre un Noël digne. Il s’agit d’une mère prête à tout risquer pour sauver sa famille, depuis que son mari joueur est parti avec toutes leurs économies. Sans aucune leçon de morale, Courtney Hunt nous plonge dans l’idée du sacrifice, celui qui suit la misère, inexorablement.
C’est alors que Ray fait une rencontre dans des conditions peu idéales : En suivant la femme qui a emporté sa voiture car ‘oui, les clés étaient sur le compteur’, Ray entre dans un monde dont elle ne connaissait pas la rudesse, mais où elle découvre vite la possibilité de gagner de quoi aider sa famille, un peu désespérée après avoir perdu son pénible travail. D’abord effrayée par l’illégalité de ce qu’elle s’apprête à commettre, elle décide néanmoins de se joindre à celle qui a voulu voler sa voiture, Lila, pour transporter des clandestins désireux de traverser la frontière vers les Etats-Unis, des familles, des couples prêts à rester quelques heures dans le même coffre. Cachés, et donc pas protégés. Ray a affaire à des ‘pourris’, ces traffiquants qui ne jouent pas le jeu et gardent la plus grosse part pour eux sans prendre aucun danger. C’est le manque de compassion humaine, dès qu’il s’agit d’argent, dont on parle ici aussi ; et combien le besoin d’argent pour survivre peut nous fermer à voir certaines réalités. Lila, la jeune Mohawk, n’est pas un monstre, elle a tout simplement compris que pour s’en sortir elle devait accepter de transporter des gens dans son coffre, de voir des choses terribles et ne pas s’en émouvoir. L’émotion est ce qui la perdrait, alors mieux vaut la dissimuler de tout son possible et se montrer dure avec tous ces gens eux aussi désespérés. Sourire, cela serait dévoiler sa faiblesse.
Les images de cette zone mohawk sans frontières, cette zone des dangers et des sacrifices, sont éblouissantes ; la musique avec elles nous transporte. On se sent glaçé, dans cette étendue blanche à n’en plus finir, cette voiture qui craquèle la glace. L’angoisse de Ray, amplifiée par la froideur de sa partenaire, est contagieuse ; on est dans la voiture avec elle, en proie à tous les dangers de l’illégalité, avec des clandestins dans le coffre. On admire la force de Lila qui doit lutter pour être respectée de sa famille et faire face seule.
Les personnages sont profonds et l’on se perd à les voir se perdre. Melissa Leo (Ray) dépeint une femme dans la misère mais faisant face, brave et plus ouverte que ce à quoi sa vie aurait pu la conduire.
Mais tout au long de ces images effrayantes de réalité, l’espoir se cache et le happy ending se défile. On assiste impuissant à un déchaînement des événements auquel on s’attend peut-être mais qu’on ne veut pas voir se concrétiser.

Laisser une calamarderie!