Tokyo !
Après Paris je t’aime, Tokyo accepte de prêter son cadre afin de rassembler différents réalisateurs pour donner un film à trois histoires. Tokyo se révèle ici à la fois proche de l’image terrifiante présente dans l’imaginaire collectif – une ville anonyme, terriblement moderne, trop rapide – et en même temps très poétique.
Le premier court-métrage est signé Michel Gondry et prend prétexte de l’arrivée d’un couple à Tokyo pour nous conter les errances d’une jeune femme et les réponses que lui donne la ville. Le couple est composé de deux doux rêveurs, mais l’homme se veut artiste alors que la femme se cherche. Après de multiples galères (la recherche sans succès d’un appartement, l’enlèvement de leur voiture…), le fossé se creuse entre elle et son ami, et les reproches s’abattent sur elle. Elle réalise alors ce dont nous avons tous plus ou moins rêvé de faire lorsque la réalité ne correspond plus à nos envies : s’échapper. Mais, comme vous pouviez vous en douter avec Gondry aux manettes, elle ne s’en va pas simplement, mais trouve une ruse loufoque et poétique, et qui pourtant, m’a paru finalement presque logique.
Le deuxième court-métrage est très différent. Sur fond de musique stressante, Leos Carax raconte avec beaucoup d’humour l’irruption d’une sorte de monstre des égouts dans Tokyo, qui terrorise toute la ville. Après son arrestation, Merde (car tel est son petit nom) se révèle venir d’une civilisation inconnue (qui ne mange que des fleurs), et parler un langage à part. Seul un avocat français (bien sûr) se trouve être de la même origine, avec une étrange ressemblance physique. Si de nombreuses scènes sont hilarantes, le film est pourtant terrifiant à travers sa réflexion sur le rôle des médias, omniprésents et presque totalitaires. Surtout, le portrait que nous livre Leos Carax des humains nous ferait presque comprendre Merde le terroriste. Car ce qui m’a le plus marqué c’est sa révolte et son refus quand on le condamne à la peine de mort : il déclare alors détester les hommes (et notamment les Asiatiques car « leurs yeux ressemblent à un sexe de femme», image qui – malheureusement – ne vous quitte plus après le film), mais aimer la vie.
Enfin, le triptyque se clôt par une histoire d’amour et de solitude réalisée par Joon-ho Bong. Il nous conte le choix d’un homme ayant décidé depuis plus de dix ans de vivre enfermé chez lui. Après une peinture formidable de son quotidien monotone représenté par les différents objets de son appartement, la rupture est introduite par une jeune femme qui débarque dans sa vie par l’intermédiaire…d’une pizza (et d’un évanouissement dans son appartement). La vie du jeune homme bascule alors avec difficulté car il a perdu toute possibilité de réaction normale et semble devoir tout réapprendre de l’amour, comme un adolescent. Il prend alors la décision de franchir le seuil de sa porte pour retrouver la jeune fille … Toute la qualité de ce film réside dans la capacité du réalisateur à nous faire ressentir précisément les sensations physiques des personnages et à filmer les choses de manière très sensuelle : l’insupportable lumière du soleil, le désagréable contact avec les gens que ressent le jeune homme ; mais surtout sa façon de toucher la jeune fille, en parcourant les tatouages-boutons (« on-off », « headache »…) qu’elle possède.
Ces trois court-métrages constituent bien un film entier, avec une organisation très cohérente : tout simplement, le choc provoqué entre deux films poétiques par l’inclassable Merde rend le tout encore plus savoureux.


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