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C’est dur d’être aimé par des cons !

Un article de Charlie, le 5 November 2008, qui a suscité 1 Calamarderie (pour le moment) ...
La note du Calamar

Le procès des caricatures a fait beaucoup parler de lui. Vous vous souvenez peut-être de Dieudonné hurlant des ‘Liberté d’expression !’ à n’en pas finir à tue-tête dans le hall du tribunal, ou de la fameuse lettre de Nicolas Sarkozy, arrivant théâtralement en plein milieu du procès, à la faveur de Charlie Hebdo.

L’hebdomadaire satirique, attaqué en justice par l’Union des organisations islamiques de France et la Grande Mosquée de Paris (pour “injure publique à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion”), a au cours de ce procès du se battre pour sa liberté de publier des caricatures, qui au Danemark, avaient choqué le monde musulman tout entier.

Avec sa caméra, Daniel Leconte explore les coulisses du procès, pour nous offrir des images exclusives au cœur des réunions de la rédaction, ou des entretiens privés avec les différents protagonistes de l’histoire. Avocats des deux parties, caricaturistes du journal, témoins (François Bayrou, F. Hollande, Elisabeth Badinter, Claude Lanzmann, Nicolas Sarkozy, pour ne citer qu’eux), et bien sûr Philippe Val, tous passent sous le feu de la caméra, qui dessine sous nos yeux ébahis un débat aussi complexe que passionnant.

La figure de Philippe Val déplaît, et sa voix nasillarde aussi. Mais ce qui irrite surtout, c’est sa réaction et celle de ses collègues du Charlie, lorsqu’on leur apprend que le CFCM (Conseil français du culte musulman) risque d’être dissous à cause de l’évolution du procès. Chacun se pare d’un rire moqueur qui fait peur. Pas parce qu’il est méchant, mais parce qu’il est méprisant.

La question que pose ce documentaire, et bien sûr ce débat, est celle d’une limite possible à la liberté d’expression. Peut-on rire de tout ? Et surtout, pourquoi rire de tout  (: pour exclure, stigmatiser, ou au contraire pour intégrer ?)

A un moment, le caricaturiste Riss prononce cette phrase assez incroyable : « Si j’ai dessiné ces caricatures, c’était pour dire aux musulmans qu’ils font, pour moi, partie de la démocratie. »

La liberté d’expression est un fait de la démocratie, une nécessité même. Mais si l’on repense à l’usage qui a été fait de certaines images racistes ou discriminatoires, telles que celles de Banania au début du siècle  (vous ne vous souvenez pas de ce noir, souriant, portant sur son visage l’air d’un abruti heureux ?), ou celles, antisémites, utilisées par les nazis… A-t-on le droit de tout, absolument tout publier, même quand cela incite à la haine ?

Car on aura beau dire ce qu’on voudra, les caricatures du Charlie Hebdo peuvent être insultantes à l’égard des musulmans, puisqu’elles semblent les assimile à un groupe de terroristes hargneux. Pourtant, l’enjeu essentiel de ce procès, ou en tout la rhétorique de Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, était de montrer que les caricatures n’attaquaient pas le monde musulman dans son ensemble, mais les islamistes. La distinction n’est peut-être parfois pas claire (surtout quand on regarde la caricature du prophète portant une bombe dans son turban), mais de toute façon ce n’est pas ça qui importe. L’important est la façon dont ont, en réalité, réagi les musulmans, en France, à ces caricatures. Car, si elles ont été mal interprétées, et donc ont pu faire naître un sentiment de mal-être et d’exclusion chez certains musulmans, alors ces caricatures ont pu être dangereuses. Elles ont le droit d’exister,  puisque nous sommes en démocratie, mais elles sont dangereuses. Et là, se trouve l’enjeu de la responsabilité des personnes publiques, qui ont un rôle et une influence incontestables dans la société. Ont-elles le droit de tout dire, sans prêter attention aux réactions que leurs propos peuvent provoquer / à la façon dont leur propos peuvent être interprétés?

Aussi bien documenté qu’il est, ce ‘documentaire’ n’en est incontestablement pas un. Engagé pour « la liberté d’expression », le réalisateur ne cesse d’avantager Philippe Val et ceux qui le défendent. Le décalage est frappant, entre l’atmosphère tendue, voire méprisante que crée le réalisateur quand il interroge les avocats des associations musulmanes, et les éclats de rire complices avec un Philippe Val mis plus qu’à son avantage. Il est aussi facile de montrer comme seuls exemples de la ‘voix musulmane’, trois musulmans agressifs et à courts d’arguments, comme cet homme qui ne fait que hurler ‘Mon père il est mort pour la France en 45, t’entends ça ?’. On ne trouverait pas mieux pour faire de ces musulmans engagés, des individus fermés qu’il ne faut pas croire ni même écouter. La caméra est censée se taire, mais son silence est un mythe. Daniel Leconte a été un des douze témoins de Charlie Hebdo. Difficile pour lui d’oublier pour qui il penche. Dommage.

1 Calamarderie »

  • Matthieu D. said:

    “La figure de Philippe Val déplaît, et sa voix nasillarde aussi.”

    Ce qu’il raconte sur Siné aussi …

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